Paul de Vivie – Le pionnier du cyclotourisme et amoureux de la petite reine

Imaginez un homme qui, à la fin du XIXe siècle, parcourait déjà plus de 20 000 kilomètres par an à vélo, enchaînant des étapes de 40 heures d’affilée sans faillir. Paul de Vivie, né en 1853 à Pernes-les-Fontaines, n’était pas un simple cycliste : c’était un visionnaire qui a littéralement façonné le cyclotourisme tel qu’on le connaît aujourd’hui. Sous le pseudonyme de Vélocio – « celui qui va vite à vélo » – cet industriel stéphanois a révolutionné notre rapport à la petite reine, transformant une simple machine en véritable outil de liberté et de contemplation.

Bien avant que le Tour de France ne devienne la vitrine du cyclisme moderne, Vélocio explorait déjà les routes d’Europe, défendant une vision radicalement différente du vélo. Pour lui, pédaler n’avait rien à voir avec la compétition ou la performance pure : c’était une philosophie de vie, un moyen d’émancipation physique et mentale. À une époque où les voitures commençaient à envahir les routes, il prônait le retour à une existence simple, saine et naturelle, influencé par les pensées de Sénèque et d’Épicure.

Entrepreneur dans l’industrie de la soierie puis fondateur de manufactures de cycles, Vélocio ne s’est pas contenté de théoriser : il a inventé, testé, amélioré. Le dérailleur moderne ? C’est lui. Les premiers préceptes de diététique sportive ? Encore lui. Ses célèbres « sept commandements » guident toujours les cyclotouristes du monde entier. Cet homme aux multiples facettes – végétarien convaincu, espérantiste, journaliste et militant – a légué au cyclotourisme bien plus qu’une pratique sportive : une véritable culture. Découvrir Paul de Vivie, c’est remonter aux sources d’une passion qui anime aujourd’hui des millions de voyageurs à deux roues, partout sur la planète.

🚴 Les origines d’un amoureux du vélo : de Pernes-les-Fontaines à Saint-Étienne

Paul de Vivie voit le jour le 29 avril 1853 dans le charmant village provençal de Pernes-les-Fontaines, au cœur du Vaucluse. Son père, Edmond de Vivie, descendait d’une vieille famille noble gasconne de La Sauvetat-du-Dropt et exerçait le métier de Maître des Postes après une carrière militaire. Sa mère, Marthe Roman, Arlésienne de naissance, décède alors qu’il n’a que cinq ans, le marquant profondément dans son rapport à l’existence et à la simplicité.

Le jeune Paul grandit entre Tarascon et Meyzieu, avant de poursuivre ses études secondaires à Lachassagne, près de Lyon, jusqu’en 1870. Il se lance ensuite dans l’industrie de la soierie comme courtier, métier dans lequel il excelle rapidement. Ses employeurs lui font confiance au point de lui permettre de créer une filiale à Saint-Étienne, ville qui deviendra le théâtre de ses plus grandes innovations. En 1876, à Lyon, il épouse Laurence Burnoud, établissant ainsi ses racines familiales dans la région.

C’est en 1881, à l’âge de 28 ans, que tout bascule : Paul de Vivie enfourche pour la première fois une bicyclette, un grand-bi, cherchant à fuir l’agitation urbaine. Le coup de foudre est immédiat. La même année, il devient secrétaire du Club des cyclistes stéphanois et organise dès 1882 la première course cycliste de la région, le 9 juillet. Ce simple courtier en soierie était sur le point de devenir l’une des figures les plus influentes de l’histoire du cyclisme français.

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📰 L’entrepreneur visionnaire derrière la révolution cycliste

Ses voyages d’affaires en Angleterre lui permettent de découvrir la qualité exceptionnelle de l’industrie cycliste britannique. Flairant l’énorme potentiel de ce secteur en France, Paul de Vivie fonde en 1886 « l’Agence Générale Vélocipédique », puis en 1892 la manufacture stéphanoise de cycles « La Gauloise ». Parallèlement, il crée en 1887 la revue Le Cycliste forézien, qui devient simplement Le Cycliste l’année suivante et s’impose comme la référence du monde cycliste.

En 1889, Vélocio milite activement pour la création d’un Touring Club de France, inspiré du Cyclists Touring Club anglais. Malgré les réticences de certains clubs sportifs qui y voient une concurrence déloyale, l’organisation compte déjà plus de 500 membres dès 1890. Toujours en avance sur son temps, il lance en 1894 un service de coursier à vélo baptisé « L’Express-Cyclistes », destiné aux entreprises et particuliers pour transporter plis importants et petits colis – une forme d’Uber Eats avant l’heure ! 📦

Son activité de journaliste lui permet de théoriser et de populariser une pratique qu’il nomme lui-même en 1888 : le cyclotourisme. Ce néologisme résume parfaitement sa vision : le vélo n’est pas un simple moyen de transport, c’est un vecteur de découverte, de contemplation et d’épanouissement personnel. Comme aiment le rappeler aujourd’hui les passionnés lors d’événements tels que le festival du voyage à vélo, cette philosophie reste plus que jamais d’actualité.

⚙️ L’inventeur du dérailleur et révolutionnaire de la mécanique cycliste

Si Paul de Vivie est entré dans l’histoire du cyclisme, c’est avant tout grâce à son génie technique. Obsédé par l’idée de rendre la bicyclette plus accessible aux cyclotouristes, notamment dans les montées exigeantes, il consacre une énergie considérable à perfectionner les systèmes de changement de vitesse. Il teste inlassablement diverses machines à bichaîne, chaîne flottante et autres dispositifs expérimentaux que ses amis surnomment ironiquement « le tas de ferraille » – un prototype aujourd’hui précieusement conservé au musée d’art et d’industrie de Saint-Étienne.

Vélocio n’a pas inventé le concept de changement de vitesse à proprement parler, mais il l’a profondément amélioré et popularisé sous le terme de « polymultipliée ». En 1913, à Chanteloup, se déroule pour la première fois la course de la Polymultipliée, où les cyclistes expérimentent publiquement différents systèmes de dérailleur. Cet événement marque un tournant décisif : le dérailleur commence à s’imposer comme la solution d’avenir face aux systèmes à pignon fixe ou aux moyeux à vitesses intégrées. 🔧

Au-delà du dérailleur, Paul de Vivie contribue à de nombreuses innovations : le cadre sans raccords, le pédalier amélioré, les moyeux détachables, l’ajustabilité de la roue dentée du pédalier à toutes les lignes de chaînes, et le cadre équiangle. Chacune de ces avancées techniques vise le même objectif : rendre le vélo de route plus fiable, plus confortable et plus adapté aux longues distances. Son approche pragmatique et son refus du dogmatisme technique font de lui un précurseur du design fonctionnel moderne.

🏔️ La bataille pour la polymultipliée face aux puristes

L’introduction du dérailleur ne se fait pas sans heurts. Les puristes du cyclisme de l’époque considèrent qu’un « vrai » cycliste doit pouvoir gravir n’importe quelle côte avec un pignon fixe, et que recourir à des facilités mécaniques relève de la tricherie ou de la faiblesse. Vélocio combat pied à pied ces préjugés, publiant article après article dans Le Cycliste pour démontrer les bénéfices de la polymultipliée, particulièrement pour les randonnées en montagne.

Il argumente que le but du cyclotourisme n’est pas de souffrir inutilement, mais de parcourir de belles distances en préservant sa santé et son plaisir. « Ne jamais forcer, rester en dedans de ses moyens », rappelle-t-il régulièrement dans ses écrits. Cette philosophie tranche radicalement avec la culture de l’effort héroïque qui dominait alors le monde sportif, notamment dans les épreuves naissantes comme le Tour de France, créé en 1903.

Son obstination finit par payer : dans les années 1920, le dérailleur s’impose progressivement, d’abord chez les cyclotouristes, puis chez les coureurs professionnels. Aujourd’hui, impossible d’imaginer un vélo moderne sans ce système génial qui permet d’adapter son effort au terrain. Vélocio avait vu juste, une fois de plus. ✅

📜 Les sept commandements de Vélocio : une diététique avant-gardiste

Au-delà de la mécanique, Paul de Vivie s’intéresse de près à la physiologie de l’effort et à la diététique sportive, domaines encore balbutiants à son époque. Végétarien convaincu dès 1897, il démontre par l’exemple qu’on peut parcourir des milliers de kilomètres et vivre longtemps avec un régime sans viande. Ses performances personnelles – des étapes de 40 heures, 20 000 km par an – clouent le bec aux sceptiques qui prédisaient son effondrement physique.

Ses observations empiriques le conduisent à formuler sept commandements, devenus légendaires dans le monde du cyclotourisme. Ces préceptes, d’une modernité étonnante, restent valables aujourd’hui pour quiconque souhaite pratiquer le vélo dans la durée sans se blesser ni s’épuiser. Ils témoignent d’une compréhension intuitive du fonctionnement du corps humain, bien avant l’émergence de la science sportive moderne. 📋

Commandement Principe clé 💡 Application moderne
1. Haltes rares et courtes Maintenir la pression métabolique Éviter les arrêts prolongés qui refroidissent les muscles
2. Repas légers et fréquents Anticiper les besoins énergétiques Grignotage régulier, hydratation préventive
3. Ne jamais aller jusqu’à la fatigue anormale Écouter les signaux du corps Arrêt si perte d’appétit ou troubles du sommeil
4. Se couvrir/découvrir au bon moment Thermorégulation active Gestion des couches vestimentaires, exposition solaire
5. Supprimer vin, viande et tabac Alimentation épurée Privilégier végétaux, céréales, hydratation pure
6. Ne jamais forcer Rester en dedans de ses moyens Gestion de l’intensité, respect des zones cardiaques
7. Ne jamais pédaler par amour-propre Rejeter l’ego destructeur Accepter de ralentir, de s’arrêter, d’adapter son programme

Le septième commandement mérite une attention particulière tant il résonne avec notre époque des réseaux sociaux et de la compétition permanente. « Ne jamais pédaler par amour-propre » signifie refuser de se mettre en danger pour épater les autres ou prouver quelque chose. C’est accepter ses limites, reconnaître sa fatigue, oser faire demi-tour si nécessaire. Dans un monde où l’on partage chaque exploit sur Instagram, ce conseil prend une dimension presque subversive. 🤳

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🥗 Le végétarisme sportif : un pari audacieux pour l’époque

Adopter un régime végétarien en 1897, quand la viande était considérée comme indispensable à la force physique, relevait de l’hérésie. Les médecins de l’époque prédisaient à Vélocio une dégénérescence physique rapide. Pourtant, non seulement il survit, mais il prospère, enchaînant les randonnées épiques jusqu’à un âge avancé. Son exemple inspire d’autres cyclistes à tenter l’expérience, créant une petite communauté de « cyclistes végétariens » bien avant que l’idée ne devienne mainstream.

Vélocio préconisait une alimentation basée sur les fruits secs, les noix, le pain complet, les légumes frais et les produits laitiers. Il insistait sur la nécessité de manger avant d’avoir faim et de boire avant d’avoir soif – principes aujourd’hui universellement reconnus en nutrition sportive. Sa découverte empirique que l’alcool et le tabac nuisent aux performances cyclistes peut sembler évidente aujourd’hui, mais elle allait à contre-courant d’une époque où l’on offrait du vin aux coureurs pendant les courses ! 🍷❌

Cette approche holistique de la santé par le vélo fait écho à des pratiques contemporaines que l’on retrouve dans diverses régions de France, comme lors des escapades champêtres dans le Val de Loire, où le cyclotourisme doux se marie harmonieusement avec la découverte gastronomique locale.

🌍 Les grandes randonnées et l’esprit du cyclotourisme

Paul de Vivie ne se contentait pas de théoriser : il pratiquait intensément, accumulant environ 20 000 kilomètres par an sur sa monture. Ses randonnées légendaires incluent des parcours de 660 kilomètres entre France, Suisse et Italie en 1900, franchissant 9 000 mètres de dénivelé positif – une performance remarquable avec le matériel de l’époque. Il est également à l’origine des fameuses « Diagonales de France », longues traversées reliant des coins opposés du territoire national.

Contrairement aux courses chronométrées qui commençaient à se développer, Vélocio prônait une approche contemplative du voyage à vélo. Pour lui, l’objectif n’était pas d’arriver le plus vite possible, mais de savourer chaque kilomètre, d’observer les paysages, de rencontrer les habitants, de s’imprégner des ambiances locales. Cette philosophie trouve son apogée dans l’événement « Pâques en Provence », rassemblement amical qu’il initie à partir de 1924 et qui perdure aujourd’hui encore. 🌸

Ces rencontres cyclotouristiques n’avaient rien de compétitif : pas de classement, pas de chronomètre, juste le plaisir de rouler ensemble, de partager un repas, de discuter de mécanique et d’itinéraires. Vélocio cherchait à créer une communauté fraternelle, unie par l’amour de la petite reine et le goût de la liberté. Son engagement pour l’espéranto – langue internationale censée rapprocher les peuples – s’inscrit dans cette même quête d’universalisme et de fraternité humaine. 🌐

🗺️ Itinéraires mythiques sur les traces de Vélocio

Aujourd’hui, plusieurs parcours cyclotouristiques rendent hommage à Paul de Vivie. Le plus emblématique est sans doute la montée Vélocio, course chronométrée organisée chaque année depuis 1922 entre le rond-point Paul de Vivie à Saint-Étienne et le col de la République (ou col du Grand Bois), distant de 17 kilomètres. Un monument y a été érigé en son honneur, lieu de pèlerinage pour les amoureux du cyclisme. ⛰️

Le documentaire récent « Lettre à Vélocio » (2024), réalisé par Olivier Meissel et Claude Marthaler, retrace justement un voyage sur les traces du Maître, du cimetière de Loyasse à Lyon – où il repose – jusqu’à Pernes-les-Fontaines, son village natal. Ce road-movie de 26 minutes, soutenu par la Fédération française de cyclotourisme, explore les lieux emblématiques de sa vie et célèbre son héritage toujours vivant.

D’autres régions de France se prêtent merveilleusement au cyclotourisme contemplatif cher à Vélocio, comme les rives du Loir dans des villes historiques telles que Châtillon-sur-Loire, où patrimoine médiéval et nature préservée offrent un cadre idéal pour qui souhaite pédaler sans se presser, en savourant chaque moment.

💭 Le vélosophe : une philosophie de vie par le vélo

Plus qu’un sportif ou un inventeur, Paul de Vivie était un authentique penseur. Influencé par Sénèque et Épicure, il développe une véritable vélosophie – philosophie par et pour le vélo – qui dépasse largement le cadre sportif. Pour lui, la bicyclette n’est pas qu’un outil de locomotion : c’est un moyen d’émancipation, une arme de délivrance face aux conventions sociales étouffantes de son époque. 🧘

Dans ses écrits, il déplore régulièrement la société moderne « toute d’ostentation, de convention, d’hypocrisie – où paraître est tout, être n’étant rien ». Il prône un retour à la vie simple, à la sobriété heureuse, à la communion avec la nature. « Simplifions-nous l’existence, ne nous créons pas de besoins factices », écrit-il en 1907. Cette critique du consumérisme et de l’artifice social résonne étrangement avec les préoccupations actuelles sur la décroissance, le minimalisme et l’écologie. ♻️

Vélocio croyait profondément en la bonté originelle de l’homme : « Envers et contre toutes les apparences, je persiste à croire que l’homme est originellement bon et plus disposé à rendre service à son semblable qu’à le dépouiller », affirme-t-il en 1903. Cette vision optimiste le pousse à défendre l’hospitalité entre cyclistes, l’entraide sur la route, le partage des connaissances techniques – autant de valeurs toujours vivaces dans la communauté cyclotouriste mondiale.

📖 Citations inspirantes du Maître

Les écrits de Vélocio regorgent de formules frappantes qui conservent toute leur pertinence plus d’un siècle après sa mort. En 1890, il prophétise : « La bicyclette sera le cheval des humbles, le moyen de locomotion économique et pratique par excellence qui leur permettra de se déplacer à moindre frais. » Vision particulièrement juste quand on observe le rôle du vélo dans les mobilités urbaines contemporaines et son potentiel d’inclusion sociale. 🚲

En 1912, il propose une définition alternative de la richesse : « Il y a deux façons de devenir riche. Celle qui nous pousse à entasser des richesses de toutes sortes, puis celle qui nous engage à rayer de notre vie tous les besoins inutiles, et cette dernière méthode nous octroie, par surcroît, la bonne santé. » Cette sagesse économique pourrait figurer dans n’importe quel manuel moderne de développement personnel ou de simplicité volontaire.

  • 🎯 Sur l’identité personnelle : « Je suis moi-même un primitif m’efforçant d’élaguer de l’existence toutes les complications extérieures. » (1898)
  • 💪 Sur l’autonomie : « Chacun porte en soi la source de son propre bonheur. » (1907)
  • 🔓 Sur la liberté : « La bicyclette devient un moyen d’émancipation, une arme de délivrance. Elle libère l’esprit et le corps. » (1903)
  • 🌱 Sur l’existence : « Faire œuvre utile, voilà la seule justification de notre existence. »
  • 🎨 Sur les plaisirs authentiques : « Ne tenir pour plaisirs dignes de l’homme que ceux qui naissent de nous-mêmes, qui ont leur source dans la trinité humaine : l’âme, l’esprit et le cœur. » (1898)

Ces pensées révèlent un homme en quête de sens, cherchant à réconcilier corps et esprit, individu et collectif, progrès technique et sagesse ancestrale. Vélocio appartient à cette lignée de penseurs humanistes qui croient au perfectionnement de l’homme par ses propres forces, sans recours aux artifices de la modernité industrielle.

🏛️ L’héritage institutionnel et la mémoire collective

La mort tragique de Paul de Vivie, le 4 mars 1930 des suites d’un accident de tramway survenu quelques jours plus tôt, plonge la communauté cycliste dans le deuil. Il avait 76 ans et ne reprit jamais connaissance après sa chute. Ironie du sort, cet amoureux de la mobilité douce périt victime d’un transport en commun motorisé, symbole de cette modernité urbaine qu’il fuyait précisément à vélo. 😢

Il repose au cimetière de Loyasse à Lyon, où sa tombe porte l’inscription : « À leur maître vénéré, les cyclotouristes stéphanois. » Dans les années 1960, une seconde plaque fut ajoutée par les sociétés lyonnaises, témoignant du rayonnement géographique de son influence. La tombe, tombée quelque peu dans l’oubli, a été nettoyée, rénovée et fleurie en 2023 à l’occasion du centenaire de la Fédération française de cyclotourisme, créée en 1923 dans le sillage direct des idées de Vélocio. 🌹

Plusieurs lieux perpétuent sa mémoire : le monument au col de la République, bien sûr, mais aussi le Musée Comtadin du Cycle à Pernes-les-Fontaines, qui expose plusieurs vélos construits par ses manufactures. Le musée d’art et d’industrie de Saint-Étienne conserve précieusement son fameux « tas de ferraille », ancêtre du dérailleur moderne. Ces lieux de mémoire accueillent régulièrement des passionnés venus du monde entier rendre hommage au pionnier.

📚 Biographies et œuvres sur Vélocio

Deux biographies majeures permettent d’approfondir la connaissance de ce personnage fascinant. Raymond Henry a publié en 2005 une somme monumentale de 541 pages intitulée « Paul de Vivie, dit Vélocio : l’évolution du cycle et le cyclotourisme », éditée par le Musée d’art et d’industrie de Saint-Étienne. Cet ouvrage de référence compile une masse considérable de documents d’époque, articles et témoignages. 📖

Plus récemment, en 2023, Charles de Vivie – arrière-petit-neveu du Maître – a publié « Le Vélosophe : Paul de Vivie, dit Vélocio (1853-1930) » aux éditions du Palio. Cette biographie de 188 pages offre un regard familial et intime sur l’homme derrière le mythe, révélant des facettes méconnues de sa personnalité et de son quotidien. L’auteur a d’ailleurs participé activement aux commémorations récentes.

Le documentaire « Lettre à Vélocio » (2024) constitue une autre manière d’approcher cet héritage. Claude Marthaler, surnommé « le Yak », cyclonaute genevois ayant réalisé un tour du monde à vélo de sept ans, y entreprend un pèlerinage sur les traces de son inspirateur. Ce road-movie de 26 minutes présenté en avant-première au Festivélo de Lausanne début novembre 2024 mêle témoignages, archives et images contemporaines dans un hommage vibrant et personnel. 🎬

🌟 L’influence de Vélocio sur le cyclotourisme moderne

Comment mesurer l’impact réel de Paul de Vivie sur le cyclotourisme actuel ? La Fédération française de cyclotourisme, créée en 1923 soit sept ans avant sa mort, revendique aujourd’hui plus de 120 000 licenciés et organise des milliers de randonnées chaque année. Son modèle associatif et ses valeurs – convivialité, non-compétition, respect de l’environnement – reprennent exactement les principes défendus par Vélocio un siècle plus tôt. 👥

Au-delà des structures officielles, l’esprit vélocien irrigue l’ensemble du mouvement cyclotouriste mondial. Les réseaux d’hospitalité gratuite comme Warmshowers, les forums d’entraide technique, les blogs de voyageurs à vélo, les rassemblements non compétitifs – tout cela prolonge la vision communautaire et humaniste du pionnier stéphanois. L’explosion récente du bikepacking et du voyage à vélo au long cours témoigne d’un besoin collectif de ralentir, de se reconnecter à soi et au territoire, exactement comme le préconisait le Maître. 🎒

Ses préceptes diététiques ont également trouvé une validation scientifique tardive. La nutrition sportive moderne confirme l’importance de l’hydratation préventive, du fractionnement des apports énergétiques, de l’écoute des signaux corporels. Même son végétarisme, longtemps considéré comme excentrique voire dangereux pour les sportifs, connaît aujourd’hui un regain d’intérêt face aux enjeux climatiques et sanitaires. Les champions végétariens ou végans se multiplient dans toutes les disciplines, prouvant qu’il avait une fois encore raison. 🥕

🚴‍♀️ Le cyclotourisme au féminin : un héritage à compléter

Un aspect moins connu de l’histoire mérite néanmoins d’être souligné : la place des femmes dans le cyclotourisme des débuts. Si Paul de Vivie défendait l’accès de tous et toutes au vélo – la bicyclette représentait pour les femmes de l’époque une liberté de mouvement inédite – la pratique cyclotouriste est longtemps restée très masculine. Les contraintes sociales, vestimentaires et familiales limitaient considérablement l’autonomie des cyclistes féminines. 👩‍🦰

Aujourd’hui, le cyclotourisme se féminise progressivement, avec des réseaux spécifiques, des initiatives d’inclusion et une visibilité croissante des voyageuses à vélo. Cette évolution aurait sans doute réjoui Vélocio, dont l’universalisme humaniste ne faisait aucune distinction de genre. La vraie fidélité à son héritage passe par cette ouverture et cette diversification des pratiques et des pratiquant·es. ♀️♂️

La dimension écologique du cyclotourisme, à peine effleurée à son époque, constitue aujourd’hui un argument majeur en sa faveur. Face à l’urgence climatique, le vélo apparaît comme le mode de déplacement touristique le plus vertueux : zéro émission, faible impact sonore, vitesse compatible avec l’observation de la biodiversité. Vélocio, qui cherchait simplement à fuir la ville et respirer l’air pur, serait probablement stupéfait de voir son intuition écologique confirmée avec une telle urgence. 🌍

Qui était Paul de Vivie et pourquoi est-il important pour le cyclisme ?

Paul de Vivie, alias Vélocio (1853-1930), est considéré comme le père fondateur du cyclotourisme. Il a inventé ce terme en 1888 et développé une philosophie du voyage à vélo basée sur la contemplation plutôt que la performance. Industriel et inventeur, il a grandement amélioré le dérailleur moderne et établi des préceptes diététiques toujours valables aujourd’hui. Ses sept commandements guident encore les cyclotouristes du monde entier.

Quels sont les sept commandements de Vélocio ?

Les sept commandements de Vélocio sont : 1) Haltes rares et courtes, 2) Repas légers et fréquents, manger avant d’avoir faim, boire avant d’avoir soif, 3) Ne jamais aller jusqu’à la fatigue anormale, 4) Se couvrir avant d’avoir froid, se découvrir avant d’avoir chaud, 5) Supprimer vin, viande et tabac en route, 6) Ne jamais forcer, rester en dedans de ses moyens, 7) Ne jamais pédaler par amour-propre. Ces préceptes constituent une base solide pour pratiquer le cyclotourisme en préservant sa santé.

Paul de Vivie a-t-il vraiment inventé le dérailleur ?

Paul de Vivie n’a pas inventé le concept de changement de vitesse de toutes pièces, mais il l’a considérablement perfectionné et popularisé sous le nom de polymultipliée. Il a testé et amélioré de nombreux systèmes jusqu’à obtenir un dérailleur fonctionnel et fiable. C’est lors de la course de Chanteloup en 1913 que ces systèmes ont été validés publiquement. Son travail obstiné a permis au dérailleur de s’imposer progressivement contre les résistances des puristes.

Où peut-on voir des souvenirs de Paul de Vivie aujourd’hui ?

Plusieurs lieux conservent la mémoire de Vélocio : un monument au col de la République près de Saint-Étienne, sa tombe au cimetière de Loyasse à Lyon, le musée d’art et d’industrie de Saint-Étienne qui expose son prototype de dérailleur, et le Musée Comtadin du Cycle à Pernes-les-Fontaines qui présente des vélos de ses manufactures. Une montée chronométrée annuelle, la montée Vélocio, est organisée chaque année depuis 1922 en son honneur.

Quelle est la philosophie de vie de Vélocio au-delà du vélo ?

Vélocio prônait une vie simple, naturelle et sobre, influencée par Sénèque et Épicure. Il critiquait l’ostentation sociale et le consumérisme de son époque, défendant l’idée que le bonheur vient de soi-même plutôt que de l’accumulation de biens. Végétarien convaincu, partisan de l’espéranto et défenseur de la fraternité humaine, il voyait dans le vélo un outil d’émancipation physique et mentale. Sa vélosophie dépasse largement le cadre sportif pour proposer une véritable sagesse de vie.

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